| Jammet au chevet d'un malade du sida à Banjul en 2007. |
Pour souhaiter la bienvenue à Banjul, exhorter les automobilistes gambiens à la prudence ou mettre en garde la population contre la corruption, Yahya Jammeh, 46 ans, affiche un sourire bienveillant. Au diable les accusations de charlatanisme, de violation des droits de l’homme et des libertés individuelles : le président gambien, dont les portraits réalisés à l’occasion de la célébration de son anniversaire, le 25 mai dernier, bordent encore les grandes artères de la capitale et de ses environs, ne s’émeut point des critiques. L’ancien lieutenant qui, le 22 juillet 1994, renversa sans effusion de sang le premier président de la Gambie, Dawda Jawara, vient dêtre réélu le 24 novembre dernier et continue de régner en maître absolu sur son petit pays (11 300 km2 et 1,8 million d’habitants) (…).
Guérisseur, "médecin" ayant percé le mystère du sida, de l'obésité et de l'érection, Yahya Jammeh a tout du dictateur délirant, imprévisible et violent. Il a promis de couper la tête aux homosexuels pour nettoyer la société gambienne. Paranoïaque, il se dit prêt à tuer quiconque chercherait à déstabiliser le pays, en premier lieu les défenseurs des droits de l'homme et les journalistes, ces empêcheurs de tourner en rond.
Selon ses proches, évidemment, le chef de l’État ne brime personne. « L’ordre et la discipline lui sont tout simplement chers. La Gambie est un pays sûr. C’est pourquoi il y a beaucoup de touristes et de conférences », affirme l’un d’eux. Il est vrai que les agressions et les actes de grand banditisme à Banjul et dans ses environs sont rares. Mais cela ne suffit pas pour ses adversaires politiques.
SES EXCES
Le 31 octobre, Saikou Ceesay, un journaliste du quotidien progouvernemental Daily News, a été arrêté et interrogé sur ses relations avec un de ses confrères en exil, puis relâché quelques jours plus tard tandis que s’ouvrait le procès pour « trahison » d’Amadou Scattred Janneh, ancien ministre de l’Information. Dans un rapport daté du mois de juillet 2011, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme (indépendant), tout en soulignant la diminution des cas de violence physique, dénonce les intimidations et les arrestations dont sont victimes les acteurs de la société civile. On se souvient qu’en 2009 Yahya Jammeh avait choqué l’opinion publique internationale en menaçant de mort les « ennemis du régime » et les homosexuels.
Jammeh, un autocrate trop gourmand ? « Non, protestent ses collaborateurs. Nous demandons aux populations de respecter les règles. Mais c’est difficile, car elles sont encore peu éduquées et pas toujours conscientes de leurs devoirs. La première université de Gambie a été construite en 1998 et, bien que de nombreuses écoles aient été bâties, le pays manque encore d’enseignants qualifiés. » Pour eux, on ne peut pas non plus reprocher au président de placer des personnes de confiance aux postes stratégiques ou de s’approprier toutes les bonnes affaires. « Partout les chefs s’entourent de personnes de confiance. Pourquoi pas ici ? » s’interroge Yancouba Colley, directeur de campagne de Yahya Jammeh, tandis qu’un autre proche du pouvoir soutient que son implication dans l’agriculture est bénéfique : « Grâce à la ferme de Kanilai, créée dans son village natal après la prise du pouvoir, il y a sur le marché des produits frais de qualité à de très bons prix », dit-il.
Il dit souvent que la reconnaissance (internationale) viendra ensuite.
M Tangara, ministre des Affaires étrangères gambienne
Le président gambien, également ministre de l’Agriculture, est issu d’une famille de cultivateurs diola. « C’est un homme simple », jurent ses admirateurs, qui, convaincus qu’il détient des pouvoirs mystiques, citent des cas de guérison du sida ou de fractures remises instantanément grâce à des incantations. Mais les miraculés ne sont pas faciles à trouver, et Jammeh, même s’il affirme toujours pouvoir soigner les personnes souffrant de diabète, d’impuissance ou du VIH, est devenu plus discret sur sa pratique de la médecine traditionnelle.
Une image qui colle à la peau
En 2007, les images du président gambien enduisant d’onguents mystérieux des malades du sida avaient fait le tour du monde, mais ses collaborateurs préfèrent aujourd’hui vanter son sérieux et sa bonne connaissance des dossiers. « Il assiste aux réunions du Conseil des ministres et interpelle les participants sur les questions sensibles. Il arrive même qu’il fasse des visites impromptues dans les bureaux », affirme un cadre du ministère de l’Économie et des Finances.
Il faudra encore du temps et beaucoup de changements pour que la réputation de la Gambie et de son dirigeant s’améliore. Comme Kaddafi avant lui, Jammeh aura du mal à se départir de cette image de dirigeant excentrique et autoritaire. Les points communs, affirme-t-on à Banjul, s’arrêtent là. Selon son entourage, le président gambien avait d’ailleurs annoncé, dès la fin de l’année 2010, la chute du « Guide » libyen. Il a également été le premier pays africain, devant le Sénégal, à reconnaître la légitimité du Conseil national de transition (CNT).
Avec jeune Afrique
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