LAMINE TOURE PROFESSEUR AU CESTI S’ADRESSE AUX JOURNALISTES
"les journalistes ne doivent pas être des pyromanes"
Lamine Touré, professeur au centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) conseille aux journalistes de ne pas être des pyromanes. Pour lui les professionnels des médias ne doivent ni amplifier une nouvelle encore moins trahir une idée dans le traitement de l’information. « Il ne sert à rien pour un journaliste, quand un pan de mur tombe de dire que c’est l’immeuble en entier qui s’est écroulé » a-t-il fait remarqué. En cette période post électorale, ce doyen de la presse sénégalaise que nous avons accroché à l’occasion d’un séminaire tenu les jours derniers à Tamba estime que la presse doit jouer son rôle d’arbitre. Dans cet entretien, M Toure interdit aux journalistes le schéma de la corruption, « une arme qu’utilise souvent des hommes politiques pour se faire entendre ». entretien!
Le voyageur béni : Depuis un certain temps les journalistes reçoivent des formations dont les modules traitent des sujets ayant traits à la couverture des élections. Est-ce à dire que l’on craint une tension sociale ?
Lamine Touré : non, nous ne sommes pas en période de crise. C’est vrai qu’à chaque fois il y a élection les gens craignent que cela ne déborde. Personnellement je pense que même en temps normal les journalistes ont besoin de renforcement de capacité dans plusieurs domaines pour mieux exercer leur fonction de professionnel des médias. Je ne suis pas préoccupé par les agissements des hommes politiques qui se lancent des piques tout le temps. Ce qui me préoccupe le plus aujourd’hui c’est comment la presse peut donner tous les jours une information correcte, juste et vérifiée; une information qui éduque et qui forme. Je pense sincèrement que c’est ça le rôle premier qui incombe à un journaliste. C’est vrai qu’en période électorale il peut y avoir de fortes tensions du fait des différentes opinions que profèrent des hommes politiques et des personnes issues de la société civile qui s’affrontent. Dans ce cas de figure, le journaliste a évidemment pour rôle de faire en sorte qu’il n’y est pas de tension. Dans le souci de se faire entendre par le public, le journaliste ne doit pas du tout provoquer par de fausses informations. Il ne faut pas être un journaliste pyromane. Nous avons dans notre profession certaines limites légales, sociales, politiques etc. Seulement, il faut essayer toujours de faire avec ces limites un journalisme honnête. Il ne sert à rien pour un journaliste quand un pan de mur tombe de dire que c’est l’immeuble en entier qui s’est écroulé. Il faut donc savoir garder de la mesure, il faut savoir informer certes vrai, mais vous n’ignorez pas que dans leur métier les journalistes tous les jours mettent sous le bois chaud beaucoup d’informations pour une raison ou pour une autre. Une information peut être dangereuse pour la paix civile, pour une société donnée et même pour une paix internationale. Je ne pense pas que c’est une censure en tant que telle mais c’est une responsabilité de faire en sorte que tout le monde puisse exprimer librement ses opinions. Surtout il ne doit pas y avoir de stigmatisation de la part de qui que ce soit et que tout le monde puisse travailler dans un cadre apaisé.
En tant que professionnel des médias, quelle observation faites vous généralement de la couverture que les journalistes font en période électorale au Sénégal ?
Généralement cette couverture est bonne. Ce n’est pas pour rien que 2000 a été un une phase très importante avec les médias sénégalais. Globalement, la presse a joué un rôle déterminant à cette date du fait de la nouvelle technologie que constitue le téléphone portable, mais également de l’engagement de tous les journalistes à montrer réellement ce qui s’est passé dans les bureaux de vote et à les dire en temps réel. C’est important parce qu’on a eu des élections apaisées en 2000, malgré tout ce qu’on pensait comme dérives et débordements. On a eu des élections transparentes, des élections appréciées par le monde entier. Pour cette présente élection présidentielle de 2012 on n’a pas le droit de ternir cette belle image du Sénégal par rapport à sa ligne démocratique. Je pense que les journalistes en sont conscients. C’est vrai qu’il y a de plus en plus de jeunes journalistes et une pluralité des moyens de diffusion que représentent les radios. Et je trouve bon et excellent de faire des séminaires et des ateliers pour le renforcement de capacité aux journalistes. Cela contribue fortement à les offrir des occasions pour qu’ils aient plus de responsabilité par rapport à la campagne électorale. Il y a des organes de presse qui ont joué ce rôle de formation et je pense que c’est utile d’aider les jeunes journalistes qui se retrouvent sur le terrain pour couvrir la campagne électorale. Dans ce sens, il utile et nécessaire de les former sur comment interviewer un homme politique, comment faire un conducteur pour une émission pendant le jour du scrutin, les rappeler toujours les règles, la déontologie et l’éthique du journalisme à respecter, particulièrement pendant les périodes électorales, les dire quelles attitudes qu’ils doivent adopter vis-à-vis des candidats et des électeurs…
Pensez vous que les acteurs politiques faciliteront la tache aux journalistes sur le terrain en période électorale ?
Je ne pense pas que les hommes politiques aient l’intérêt à obstruer le chemin du journaliste qui doit faire son travail. C’est vrai que beaucoup de personnes ne sont pas instruites au Sénégal. Mais cela ne veut pas dire exactement qu’elles ne sont pas conscientes ou intelligentes. Aujourd’hui le plus important du travail de la presse se fera en langue nationale. C’est dire simplement que ce n’est pas parce que l’on ne comprend pas et ne parle pas français que l’on n’arrive pas à décrypter les messages lancés par les acteurs politiques. Je pense que les candidats et ceux qui soutiennent leur politique de développement proposeront un projet de société aux électeurs. Le rôle du journaliste en ce moment sera de donner aux populations le message lancé par les hommes politiques. Le journaliste n’a pas droit d’indiquer aux électeurs le candidat pour qui il faut voter. Seulement la presse doit livrer toutes les informations de façon professionnelle aux populations. La presse met à la disposition des citoyens des outils permettant à chacun de choisir son candidat. Pour cela les journalistes proposent généralement des analyses, commentaires, interview…
Que dites vous de la corruption dans le monde des médias ?
Non je ne dirai pas que les journalistes sont corrompus. Mais dans tous les corps du métier vous avez des gens qui respectent les règles et d’autres qui ne les respectent pas du tout. Ces derniers représentent dans ce cas, les brebis galeuses. Très sincèrement la majorité des journalistes au Sénégal respectent sincérement les règles de la profession. Je n’ai pas encore vu de cas avérés, patent, où l’organe chargé de réguler la profession de journaliste a vraiment condamné des gens. C’est vrai il y a des journalistes qui ont été interpellé par la justice pour une raison ou pour une autre, mais bon, ça fait parti de la vie que des gens, dans l’exercice de leur métier, puissent se tromper un jour ou deux. Ça arrive souvent. Mais globalement je pense que les journalistes font bien leur métier au Sénégal. Il reste seulement à dire qu’il à beaucoup de journalistes qui sont venus sur le tas à la profession. Mais cette question est résolue par le biais du fonds d’aide de la presse où beaucoup de journalistes sont formés maintenant au Cesti.
Quel conseil donnez-vous aux journalistes en période électorale ?
Je leur conseille tout simplement de respecter la profession et de n’accepter aucune pression, sinon celle de leur rédaction. Je répète encore d’où qu’elle vient. Je recommande seulement de respecter votre rédaction. C’est sûr que les groupes de pression ne manquent pas. Chacun parmi les acteurs politiques cherchera à manipuler les journalistes pour se trouver au soleil. Mais faites attention. Si toutefois un individu vient pour vous donner une information, posez-vous la question à savoir pourquoi il me donne la nouvelle ? est ce que cette information rencontre l’intérêt général ?. Il faut donc réfléchir à deux fois avant de saisir sa plume.
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