ALIOU SOW PRESIDENT DU CONSEIL NATIONAL DE LA JEUNESSE
En animant une conférence à l’Ucad sur le thème « Etudiant entre difficultés et défis », Aliou Sow, avocat à la cour par ailleurs président du conseil national de la jeunesse a passé au peigne fin toutes les nombreux problèmes qui entravent le parcours des étudiants à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar.
Le Voyageur Béni: Vous avez animé une conférence dont le thème est : « Etudiant entre difficultés et défis » proposé par l’association des étudiants de l’arrondissement de Bonconto. Quelle est la pertinence d’un tel thème ?
Aliou Sow : Ce thème d’une importance capitale nous a permis de passer en revue toutes les difficultés sociales, économiques et académiques que vivent les étudiants de manière générale, et ceux des zones rurales comme le département de Vélingara de manière particulière. Les débats nous ont permis à pousser les étudiants à comprendre les réels défis du moment. Et par la suite ils ont compris que l’étudiant du millénaire doit être un étudiant de type nouveau capable de s’adapter par rapport aux situations qui s’imposent face à eux. Aujourd’hui, nous savons tous que rien n’est clair avec le système du recrutement dans certains services où tout est politisé. Donc ils doivent se battre pour quitter le statu du de chômeur dans un système de recrutement politisé
Pensez vous qu’il y a des zones d’ombres dans le recrutement ?
Oui. C’est une certitude. Pour l’emploi dans la fonction publique qui ne se passe pas par la voie du concours, il y a une marge qui est laissée à l’appréciation des pouvoirs politiques. A ce niveau, il y a un manque de transparence dans le système de recrutement. Même dans le secteur privé, il y a des sociétés nationales et certaines entreprises qui n’ont pas une politique transparente du recrutement. Ce qui, quelque part, fausse les principes d’égalité et d’accès des citoyens aux chances et charges publiques. Il y a une sorte de discrimination que subissent beaucoup de demandeurs d’emploi. Pour donc remédier à ces manquements je préconise à ce que l’on aille vers une approche beaucoup plus transparente dans la gestion des dossiers des demandeurs d’emploi aussi bien dans le public que le secteur privé.
Cette non transparence est liée à quoi au Sénégal selon vous ?
Vous savez, au Sénégal, dans certains services, il y a une sorte de gestion clanique et politicienne. On note souvent une gestion népotiste et familiale de la question de l’emploi. Souvent dans les services on fait fi au savoir-faire et savoir-être, aux compétences, aux valeurs et aux diplômes. Une fois dans un bureau pour déposer des dossiers d’emploi, on ne vous demande rien sinon d’abord on te pose une question, à savoir qui t’a recommandé à votre service ? Ce qui n’est pas normal. Je pense qu’il faut aller vers une approche objective qui fait que si le demandeur d’emploi se présente dans un service donné, que l’on ne cherche pas à savoir qu’il est le neveu ou le frère du Dg pour espérer obtenir un stage ou pour accéder à un quelconque recrutement.
Quelle lecture faites-vous donc d’un tel comportement sur la question de l’emploi au Sénégal ?
Pour dire claire, je pense que les sénégalais ont un problème avec la République. Autant ils sont exigeants par rapport à la gouvernance publique, autant ils faussent certaines règles basiques par rapport à l’égalité des citoyens et par rapport aux principes de non discrimination qui doivent être érigés en règles dans tous les secteurs d’intervention.
Quelles peuvent être les conséquences de ce manque d’emploi et de revenus considérables ?
Je suis animé par une forte crainte. Au Sénégal, en termes d’emploi il y a une sorte de bulle qui peut exploser à tout moment parce que les populations cherchent un job et malheureusement n’en trouvent pas. Sur les 12 millions d’habitants que compte notre pays, il y a 7 millions de populations actives pour 325 mille salariés. Tout le reste est confronté aux dures réalités du marché. Ce qui veut dire qu’il y a une extrème urgence pour l’Etat du Sénégal, pour le secteur privé et même pour la communauté internationale d’aller vers un financement massif de la politique de l’emploi au Sénégal. Les instruments mis en place au lendemain de l’alternance, c'est-à-dire le fond national pour la promotion de la jeunesse et d’autres projets de cette nature sont des instruments certes pertinents, mais qui ont besoin d’oxygène. Ces structures d’emploi et de financement sont étouffées par l’absence de fonds et de perspectives réelles. Si on ne met pas un dispositif d’accompagnement massif, mais urgent, ce sera autre chose. En ce moment je ne serai pas surpris de voir les révoltes sociales soient exacerbées comme dans des pays arabes à savoir la Tunisie, l’Egypte... Dans la même veine, je donne l’exemple des nombreuses confrontations syndicales et les agitations politiques notées ça et là au Sénégal. Elles ne sont rien d’autres que le reflet des dures conditions sociales que vivent les citoyens sénégalais. C’est dire que les gens ont besoin aujourd’hui de réponses urgentes et sincères à leurs problèmes.
Quelles observations faites-vous de la situation politique avec l’élection présidentielle de 2012 ?
D’abord pour la situation politique, j’affirme que nous sommes dans une situation assez confuse au Sénégal. Les forces politiques en présence sur le terrain ne se respectent pas du tout. Et dans une vraie démocratie il faut que l’on apprenne le respect mutuel. A cela, s’ajoute un problème réel de communication entre le pouvoir et l’opposition. Ce qui ne facilite pas du tout la tâche pour un dialogue politique sincère. Nous devions avoir un espace de communication plus sérieux entre ces hommes qui prétendent gérer les affaires des sénégalais. Pour la présidentielle de 2012, je souhaite quelle soit libre et transparente. Seulement, je lance un seul appel aux uns et aux autres. Je dis qu’aujourd’hui, nous ne devons plus avoir peur des changements de régimes. Nous ne devons plus avoir peur d’un autre sénégalais qui brique les suffrages des populations. Je pense sincèrement que tous ceux qui aspirent à gérer ce pays sont des citoyens sénégalais. Ils ne sont pas des chinois, des indiens…Ils sont animés d’une certaine volonté pour servir leur nation. L’essentiel, c’est donc de considérer que nous sommes un seul peuple qui cherche un seul but : la prospérité du Sénégal. C’est pour cela que je dis qu’il faut travailler pour l’émergence d’un leadership politique capable de répondre de manière efficace, à la demande et aux urgences des sénégalais.

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